Etonnant mais pourtant vrai, le traitement de la fibrillation atriale était quasiment inexistant dans les années 1980. Plusieurs travaux scientifiques avaient pourtant mis en évidence un surcroit de mortalité dans cette affection quand elle n’était pas traitée.

Dans cet article, nous allons voyager dans le temps et découvrir comment la recherche médicale a bouleversé le traitement de la fibrillation atriale et transformé son pronostic.

Années 1990: les anticoagulants

En 1991, le prestigieux journal “New England Journal of Medicine” publie la première étude sur l’intérêt des anticoagulants dans le traitement de la fibrillation atriale. Dans cette étude,  les patients qui recevaient des anticoagulants pour le traitement de leur fibrillation atriale  voyaient leurs risques d’attaque cérébrale (AVC) diminuer de 40%*. Enfin!! On se rend compte du caractère emboligène (fabrication de caillots par le cœur) de cette affection rythmique.

Les anticoagulants sont maintenant la pierre angulaire du traitement de la fibrillation atriale.

Années 2000: les catheters contre la fibrillation atriale

En 1998, une équipe française met en évidence les sources électriques de la fibrillation atriale. En effet, le Pr Haissaguerre et son équipe découvrent dans l’oreillette gauche (plus précisément autour des veines pulmonaires) des foyers électriques  générant le trouble du rythme **.

C’est une découverte majeure. Car des techniques d’ablation par radiofréquence peuvent cibler et éliminer ces foyers électriques anormaux . Ces techniques demeurent plus efficaces que les traitements conventionnels et s’avère particulièrement sûre. Elle peut même se dérouler en hospitalisation ambulatoire.

Années 2010: la transformation du pronostic de la fibrillation atriale

Le traitement de la fibrillation atriale passe aussi par sa détection. En effet, parfois cette dernière est “occulte”, c’est-à-dire non ressentie par le patient, mais elle reste dangereuse. Malheureusement, les techniques d’enregistrement sur 24 ou 48h du rythme cardiaque peuvent être insuffisantes pour détecter ces arythmies capricieuses.  Cependant, le début des années 2010 a pu voir naitre les Holter implantables. Ces dispositifs miniatures s’implantent juste sous la peau et permettent d’enregistrer le rythme électrique du cœur pendant plus de 3 ans. C’est une technique indolore et le dispositif n’est pas plus gros qu’une allumette. De nombreuses études ont pu retrouver un taux de détection d’arythmie multiplié par 3 par rapport aux techniques conventionnelles chez les patients qui présentaient des attaques cérébrales sans cause retrouvée***.

De plus de nouveaux anticoagulants apparaissent et révolutionnent le traitement de la fibrillation atriale.  Auparavant, les traitements anticoagulants conventionnels (antivitamines K) nécessitaient des ajustements de doses réguliers avec de nombreuses prises de sang. Et on considérait qu’un tiers des patients étaient en surdosage ou sous dosage du medicament. De nouvelles molécules beaucoup plus stables apparaissent alors. Elles permettent une fluidification contre les caillots sanguins améliorée avec un risque de saignement mieux controlé ****.

Illustration d'une fermeture percutané d'auricule gauche pour le traitement de la fibrillation atriale
Illustration d’une fermeture percutané d’auricule gauche pour le traitement de la fibrillation atriale

Enfin, en cas de saignement non contrôlable alors que les anticoagulants restent nécessaires, les techniques  de fermeture percutanée de l’auricule gauche deviennent un “game changer”. L’idée est de fermer une petite appendice située dans l’auricule gauche considérée comme « l’usine à caillots » du cœur.  Les patients restent donc protégés du risque d’attaque cérébrale, sans risquer de saigner.

De nombreuses innovations emergent, notamment dans la neuro-modulation cardiaque. Les progrès déjà accomplis dans le traitement de la fibrillation atriale sont le debut d’une longue histoire…

*  N Eng J Med 1990;323,1505-11

**N Engl J Med 1998; 339:659-666

***N Engl J Med 2014; 370:2478-248

****N Engl J Med 2011;365:981–992

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